Une sieste avec... Olivier Bourdeaut

Depuis janvier et le succès fulgurant d’ « En attendant Bojangles » (Finitude), Olivier Bourdeaut n’a plus le temps de faire la sieste. C’est d’ailleurs à l’heure où il la fait habituellement que nous nous sommes rencontrés, au Marathon des mots de Toulouse, sur une terrasse ensoleillée…


Le succès d’« En attendant Bojangles » a passablement changé votre vie depuis janvier. Cet été va être différent des précédents ?


Olivier Bourdeaut : L’été, ma base est en Espagne. Cette année, je vais faire des allers-retours depuis l’Espagne pour me rendre à Milan où je dois rencontrer des éditeurs et des lecteurs italiens. J’irai ensuite au salon du livre de Carnac (du 23 au 24 juillet), puis au Croisic où je rejoins des amis. En août, je suis invité au festival de Stockholm (16-21 août). J’y resterai deux jours de plus pour me promener. Sinon, je fais un voyage en automobile de l’Espagne jusqu’au Portugal avec des amis. Cela va être très festif… et très fatigant — éreintant (rires) ! Je suis très heureux de faire ce voyage mais il me fatigue d’avance ! Quand je pars pour faire la fête, j’ai toujours un peu peur. C’est une sorte de mini-guerre, la fête !


C’est comme ça, tous les étés ? C’est un rendez-vous annuel ?


OB : Oui. On se retrouve tous les étés. L’été, c’est la famille et les amis.


Et c’est toujours en Espagne ?


OB : Depuis la nuit de mes temps (sourire). J’y allais en vacances avec mes parents.


Vous avez des rituels ?


OB : Quand je me balade, je cherche un amandier. Je m’assieds au pied de l’arbre, et je casse des amandes. Une fois, avec ma sœur, nous sommes tombés sur une philippine. « En attendant Bojangles » venait d’être publié. Sans nous concerter, nous avons, elle et moi, fait le même vœu, pour que le livre marche. C’est la seule fois où j’ai fait un vœu. C’est le genre de choses qui peut rendre superstitieux… Dieu merci, je ne le serai jamais car je n'y crois pas.


Il y a des lieux vers lesquels vous revenez ?


OB : Il y a un chiringuito (un petit restaurant de plage, ndlr) entre Alicante et Valence où nous allons tout le temps. La vue est sublime, et ils servent des plats excellents ! C’est la même famille qui le tient depuis des générations. La cuisine est en tôle, minuscule, ils en sortent des paëllas presque plus grandes que l’établissement ! Ils font les meilleurs sepia (petites seiches) frits que j’ai jamais mangés. J’ai plein de rituels, en Espagne…


Vous n’avez pas envie d’y vivre ?


OB : Je vais y vivre ! Cela fait longtemps que j’y pense. Quand vous êtes triste en quittant un endroit, pourquoi le quitter ? Et puis, la notion de vacances permanentes me parle beaucoup, en tant que paresseux...


Le goût de la sieste vous vient d’Espagne ?


OB : La sieste, c’est assez récent, ça date d’il y a trois ans. Avant, je ne savais pas la faire. Je dormais trop longtemps et je me réveillais dans un piteux état. Maintenant, je dors quinze minutes et j’ai l’impression de commencer une nouvelle journée. 


Vous pouvez vous endormir sur commande ?


OB : Non. Surtout en ce moment : je suis trop excité. Je suis dans une période grisante mais bâtarde : je ne sais pas ce que sera le bilan définitif de tout ce qui m’arrive en ce moment. Depuis l’enfance, je suis insomniaque. Ces insomnies ne sont pas liées à des soucis, des tracas, mais à des « rêves éveillés » : avant de m’endormir, je me projette dans un avenir sympathique, je construis des maisons... Jusqu’en janvier, ces projections, ces constructions relevaient du fantasme. Aujourd’hui, elles se réalisent. Avant, je choisissais dans ma tête des poignées de porte pour des maisons que j’étais certain de ne jamais habiter. Désormais, je choisis les poignées de porte d’une maison que je vais probablement habiter. Auparavant, j’avais du mal à m’endormir à cause de chimères, désormais, j’ai du mal à m’endormir à cause de la réalité.


Vous rêvez mieux les yeux ouverts que les yeux fermés ?


OB : Toujours. J’ai toujours été rêveur. Il faut l’être un petit peu pour écrire, non ?


Vous rêvez des boutons de porte de votre future maison en Espagne… rêvez-vous de vos personnages, de vos histoires ?


OB : Non, mais avant de m’endormir, je pense à la phrase d’après, celle qui va déterminer la suite de ce que je viens d’écrire. Quand je me réveille, je m’assieds à ma table un peu cotonneux à cause du sommeil, j’allume une cigarette, ce qui me rend un peu plus brumeux, et j’écris tout de suite. Je ne sais pas si le sommeil aide les choses, mais en tout cas, cela fonctionne de s’endormir sur une amorce…


Comment vous endormez-vous ? Avec un livre ?


OB : Avec un livre, avant et après. Je suis un grand fumeur. Le seul moment où je ne fume pas, c’est au réveil de ma sieste quand je lis pendant une heure, une heure et demie. Je fume beaucoup avant, en lisant. J’aime bien fumer au lit.


C’est mal !


OB : C’est très mal ! Et c’est paradisiaque (rires) !


Et vous buvez un verre de vin, aussi ?


OB : Oh la la, certainement pas ! Je ne bois jamais seul, ni quand il fait jour. J’ai un rapport très particulier avec l’alcool. Je ne bois que pour faire la fête. Depuis six mois, évidemment, c’est différent : les libraires qui m’accueillent tiennent à me faire goûter le vin de leur région, c’est difficile de refuser (sourire). Du coup, pour la première fois de ma vie, je bois quasiment tous les soirs. Auparavant, je ne buvais que pour faire la fête, pour m’enivrer, jusqu’à 6-7 heures du matin.


Vous avez des souvenirs de livres qu’on vous lisait enfant pour vous endormir ?


OB : Je lisais tout seul. Il est peut-être arrivé qu’on me lise une histoire, mais ce n’était pas un rituel. Il faut dire aussi que nous sommes cinq enfants, dans la famille… Nous nous entendons extrêmement bien. Sans eux, je ne sais pas ce que je serais devenu. Sans ma sœur, je serais devenu un sac malodorant : c’est elle qui me lavait mon linge. Mon frère m’a logé. S’ils n’avaient pas été là… j’aurais peut-être trouvé un travail ! Je ne serais pas devant vous aujourd’hui !



A LIRE : "En attendant Bojangles" d'Olivier Bourdeaut, Finitude, 160 p., 15, 50 euros.