Une sieste avec... Francis Kurkdjian

Il n’avait que 26 ans quand il a créé « Le mâle » pour Jean-Paul Gaultier. La liste des créations de Francis Kurkdjian est longue — trop longue pour être énumérée. En 2009, il a lancé sa propre maison où il réalise des parfums sur mesure, mais aussi des « bulles parfumées » et même une… lessive. Car c’est un parfumeur plutôt joueur. A Versailles, il a transformé le bassin de l’Orangerie en fontaine à parfum et réinventé le sillage de Marie-Antoinette. A la Fondation Cartier, avec Sophie Calle, il a aussi, ni plus ni moins recréé « l’odeur de l’argent ». Capable de s’endormir n’importe où, n’importe quand, Francis Kurkdjian s’est inspiré d’une sieste — et pas n'importe laquelle ! — pour créer un de ses nombreux parfums…


On vous imagine facilement hyperactif… Y a-t-il une place pour la sieste dans votre emploi du temps ?


Francis Kurkdjian : Je peux faire des siestes n’importe où. J’ai une capacité d’endormissement extraordinaire. N’importe qui dans mon équipe pourrait vous le confirmer (sourire). Au service militaire, on nous avait appris à dormir debout, vous imaginez ? Ce n’est pas sur commande, mais je peux m’endormir en cinq minutes : dans un taxi, dans l’avion, vraiment n’importe où.


N’importe où, et donc toute l’année ?


FK : Oui, la sieste, pour moi, ce n’est pas que l’été. Je prends d’ailleurs très peu de vacances, je ne suis pas tellement porté sur les vacances… Mon lit m’inspire plus que la sieste, en fait. La maison, aussi. J’ai créé des parfums pour la maison il y a déjà plusieurs années. Je les ai appelés mes « bed time stories » — mes histoires de lit. Il y a tout un chapitre sur le lever et la grasse matinée, et tout un chapitre sur le soir.


C’est-à-dire ?


FK : Dans le chapitre sur le lever, il y a une « Cologne pour le matin ». La Cologne, en parfumerie, c’est quelque chose de très frais, de fugace : c’est l’idée de lever du soleil. Après, j’ai composé « L’absolue pour le matin », qui est à l’opposé. « L’absolue » s’inspire d’une sieste, dans « Bonjour Tristesse », quand l’héroïne raconte qu’elle entend la voix de son père à travers les persiennes. Ce passage, je ne sais pas pourquoi, m’a toujours marqué, comme s’il lui manquait, peut-être, une odeur. Dans le petit cahier d’histoires où je note toutes les idées qui me viennent de droite et de gauche, j’avais noté ce passage qui était resté dans ma mémoire. « L’absolue pour le matin » est née de là. 


A quoi ressemble-t-il, ce parfum ?


FK : C’est un parfum pour la grasse matinée, quand il fait extrêmement beau dehors et qu’on n’a pas envie de sortir du lit… Vous êtes avec votre amoureux, ou pas, d’ailleurs, parce que c’est aussi très agréable d’être au lit tout seul… C’est la même composition que pour la « Cologne pour le matin », mais j’ai prolongé le fond dans un côté plus doudou, plus crémeux. Un peu comme si on avait de gros oreillers autour de soi qui nous réchauffent, qui nous « calent » parce qu’on est bien.


Quelle différence entre un parfum pour la sieste et un parfum pour la nuit ?


FK : J’aime bien essayer de trouver la bonne alchimie : pour moi, un parfum de sieste n’a pas du tout la même vocation qu’un parfum de nuit. J’imaginerais plutôt quelque chose de très fugace et d’un peu lourd, en même temps. Ca pourrait être très vanillé — une vanille un peu langoureuse, mais pas sucrée du tout —, un peu comme si on enfilait un cachemire, quelque chose de très léger et en même temps de très chaud. Pour moi, une odeur de sieste, c’est quelque chose qui vous fait tomber directement dans le sommeil, donc surtout pas une odeur fraîche : le frais est souvent associé à la vitalité, à quelque chose de très sport. Pour faire une sieste, il faut une odeur qui permette de se détendre rapidement. Je travaillerais l’effet doudou, avec une note un peu musquée qui ressemblerait à une peau contre laquelle on va s’endormir. Si je devais faire un choix, ce serait une odeur très sensuelle, enveloppante, un peu seconde peau, comme lorsque vous laissez votre empreinte olfactive dans une taie d’oreiller, dans un drap, et que tout un mélange s’opère. Ce sont des odeurs que, personnellement, j’aime beaucoup



Ce 1er août, Francis Kurkdjian a ajouté deux nouveaux "parfums d'heures" à sa collection : Petit matin, quand on se lève à l'aube et que l'on déambule dans un Paris encore désert, et Grand soir, lorsqu'on s'habille et se pare pour une nuit que l'on espère sans fin.

Pour en savoir plus : http://www.franciskurkdjian.com