Une sieste avec... David Foenkinos

 

« La délicatesse » l’a révélé, « Charlotte » l’a consacré. Romancier, scénariste et réalisateur, l’auteur du « Mystère Henri Pick » est insomniaque. La sieste, il la pratique l’hiver, l’été, et pas seulement pour se reposer…


A l’heure de la sieste, est-ce que vous aimez comme Nathalie, dans « La délicatesse », lire allongé « en alternant les pages et les rêves » ?


David Foenkinos : Ah, c’est vrai… mais Nathalie est salariée, elle travaille beaucoup, elle a beaucoup de responsabilités (rires) ! Effectivement, le dimanche, Nathalie se repose, elle s’allonge sur son canapé, elle lit… et s’endort en lisant. C’est très agréable, la lecture comme un préliminaire à la sieste…


Beaucoup d’écrivains font la sieste. Vous la pratiquez, personnellement ?


DF : Si j’ai bien travaillé le matin, après le déjeuner, oui, je fais la sieste. Je suis complètement insomniaque, je ne dors pratiquement pas de la nuit, donc la sieste me permet parfois de rattraper un peu tout ça. Je dors très peu à chaque fois, je fais des micro-siestes. Le plus important, c’est d’avoir le silence et le noir absolus. Je serais incapable de faire une sieste au bord de l’eau, à la plage, à la campagne, ou dès qu’il y a le moindre bruit.


Vous ne faites pas de sieste en vacances ?


DF : Si, mais dans l’appartement ou à l’hôtel. Je suis un scorpion…


Et quoi, les scorpions ?


DF : Comme les scorpions, j’adore me terrer. J’ai le goût de l’obscurité, du silence.


Est-ce que vous rêvez de vos livres, de vos personnages ?


DF : Je ne rêve pas de mes livres. Mais le sommeil, en général, est toujours pour moi lié à la création : je n’arrive pas à savoir si je suis dans la somnolence, le vrai sommeil ou la réflexion. Parfois, tout est mélangé, surtout la nuit. Je parlais de mes insomnies… c’est peut-être pour moi une façon de continuer à travailler un texte, une histoire. Quand on est dans un roman, on est obsédé par le roman, et le sommeil ne met pas de parenthèse à cette obsession.


Cela veut dire que le sommeil est créatif, qu’il vous aide à écrire ?


DF : Je crois, oui. Le sommeil porte l’imagination. Certaines phrases se créent avec le sommeil. On me demande souvent d’où vient l’histoire de « La délicatesse » : je n’en ai aucune idée. C’est exactement comme un rêve : je me suis réveillé avec l’image de cette femme qui embrasse subitement un homme… Il y a, comme ça, des images qui se forment sans que l’on n’en ait conscience. La nuit est extrêmement propice à ces apparitions. Mais la sieste, aussi : quand on se réveille, on est un peu endolori, groggy. En vingt minutes, on a l’impression d’avoir dormi quinze heures. J’aime bien cet état un peu cotonneux. J’ai un sommeil extrêmement mauvais. On m’a, plein de fois, conseillé d’aller à la Clinique du sommeil. Je n’ai en fait pas du tout envie de régler ce problème. Si le manque de sommeil me rend parfois amorphe, instable, il reste assez propice à l’écriture et au travail. Cet état de tension lié au manque de sommeil, qui est parfois réparé par une petite sieste, peut être magique quand la sieste est réussie. Tout ça me paraît assez constitutif de la création.


Un de vos premiers livres s’appelle « Le potentiel érotique de ma femme ». Quel est le potentiel érotique de la sieste ? Y a-t-il un potentiel érotique de la sieste ?


DF : La sieste, c’est comme une petite nuit dans la journée. C’est une vraie parenthèse, comme une vraie bulle d’énergie, de vie, où on peut mettre les meilleures choses. Cela peut-être la nourriture, la sensualité, la lecture. La sieste, c’est comme un terrain des petits bonheurs…


A LIRE : « Le mystère Henri Pick » de David Foenkinos, Gallimard, 288 p., 19,50 €.