Tinder, LinkedIn et 

le retour de la femme-objet

Une femme a-t-elle autant de chances qu'un homme de trouver l'amour — ou simplement de se faire du bien — sur les sites et applis de rencontre ? Pas si sûr...

 
 

Le Net aurait-il libéré la bête qui sommeille en l’homme ? Il y a quinze jours, Charlotte Proudman, 27 ans, avocate de profession et sujet de Sa Très Gracieuse Majesté, a déclenché une véritable petite tornade sur Twitter en publiant le message « déplacé » qu’un de ses confrères lui avait envoyé sur LinkedIn. En se servant du réseau professionnel pour la draguer, explique la jeune femme, Alexander Carter-Silk a nié ses capacités intellectuelles pour la réduire à son apparence physique : « C’est un comportement inacceptable et misogyne », dit-elle. 

Un peu trop susceptible, la jolie Charlotte, gracieusement rebaptisée « la féminazi » par le « Daily Mail » ? Ce n’est pas l’avis des dizaines de femmes qui, en réponse à son tweet, ont témoigné qu’elles avaient vécu des expériences similaires. « Moi aussi, je reçois ce type de message. Du coup, je me sens mal à l’aise dans un espace que je pensais sûr », dit l’une d’elles. « Cela arrive beaucoup trop souvent. C’est un réel problème depuis deux ans », appuie cette autre. « J’ai changé ma photo de profil et j’en ai mis une moche pour avoir moins d’invitations et de messages de types qui craignent », raconte encore celle-ci. Joignant le geste à la parole, certaines twittas sont allées jusqu’à imiter Charlotte en publiant à leur tour des messages qu’elles avaient reçu via LinkedIn.

Disproportionné, tout ça ? Il est vrai qu’il est logique, quelque part…, qu’un homme « tente le coup » sur un réseau professionnel comme il lui arrive de le faire au boulot. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Whitney Woolf, cofondatrice de… Tinder, qui a quitté l’entreprise en 2014 après avoir porté plainte contre ses collègues cofondateurs Justin Mateen et Sean Rad. La belle a empoché un million de dollars d’indemnités et créé dans la foulée Bumble, un réseau social « féministe » où ce sont les dames qui prennent les devants : quand le « match » est fait, ce sont elles qui entament la conversation… 

Que l’on soit ou non convaincu par la mise en place de ce type de dispositif, censé protéger les femmes des « assauts » des hommes, il reste qu’ils ne sont pas là par hasard. Dans une enquête consacrée à Tinder, parue au mois d’août dans le « Vanity Fair US », qui a d’ailleurs conduit l’appli à réagir vivement sur Twitter, Nancy Jo Sales produit des témoignages d’utilisatrices passablement accablants. Selon elles, ce sont les hommes qui, sur Tinder, mèneraient la danse, imposeraient leur loi, en abuseraient, même, tant dans leurs propos (vraiment, vraiment trash) que dans leur comportement (parfaitement mufle). Comme s’ils se sentaient soudain « libérés » de « l’obligation » de se comporter, disons, « civilement ». A l’heure où, dans le monde réel, l’égalité des hommes et des femmes, mais aussi des genres, est de mise, les réseaux sociaux, les sites de rencontre et les applis nous feraient-il revenir un grand pas en arrière, à cet âge des cavernes où l’on divisait le monde entre « sexe fort » et « sexe faible » ? Le Net serait-il inégalitaire ? Voilà une question sacrément intéressante, à laquelle Jon Birger, auteur d’un livre sur le sujet à paraître le 1er novembre chez Workman Publishing (« DATE-ONOMICS : How Dating Became a Lopsided Numbers Game »), a, peut-être, trouvé une réponse…

Dans un article qui résume l’ouvrage, Jon Birger le dit haut et fort : la question n’est pas de savoir si Tinder et consorts favorisent les hommes au détriment des femmes. La question est en fait purement mathématique : il y a aujourd’hui, rappelle-t-il, plus de femmes que d’hommes diplômés. Résultat : qu’elles veuillent se marier ou simplement passer du bon temps, les femmes sont obligées de faire avec les desiderata de ces messieurs qui, étant donné leur « supériorité » — numérique — font absolument ce qu’ils veulent, autrement dit, en profitent. Pour trouver l’amour, ou se faire plaisir en toute égalité, les femmes n’ont, de fait, et selon l’auteur, que deux options : se rabattre sur les hommes non-diplômés ou… s’installer en province, où le « ratio » hommes-femmes diplômés est plus équilibré. Que vous cherchiez l’âme sœur ou une petite histoire sans conséquence, si vous voulez le faire en toute « parité », vous savez maintenant vers où — et vers qui — vous tourner…

 

Publié sur elle.fr le 23 septembre 2015