Femme de people, épisode 7 :

La rue du Pré-aux-belles

Résumé : Alors qu’elle désespérait d’avoir de ses nouvelles, Alice a trouvé dans sa boîte à lettres un mot de Michael Owen l’invitant à le rejoindre dans un lieu secret…


Au 20 rue du Pré-aux-Belles, il y avait un atelier d’ébénisterie, qui, vu l’état des vitres, était fermé depuis très-trèèès longtemps. J’allais faire demi-tour, la mâchoire serrée, quand j’ai aperçu un Interphone sur le côté. Histoire de rigoler, j’ai sonné. La porte s’est ouverte instantanément, en même temps qu’une deuxième qui donnait sur une cour. Un jardin, plus précisément. Et une maison comme on en trouve plus qu’à la campagne ou dans les livres d’enfant : toit de tuiles, volets gris, glycine — un vrai mirage, au cœur de Paris. L’entrée était vide. Dans le salon, immense, il n’y avait qu’un long canapé blanc, des palettes et, tout à l’autre bout de la pièce, une table Saarinen ovale — ma préférée. « Ca te plaît ? » Je me suis retournée, Mike était là, plus beau que jamais : autour de lui, c’est simple, on aurait dit qu’il y avait un halo doré. J’avais envie de me jeter dans ses bras, quelque chose me retenait. « C’est quoi, cette maison ? » — « Chez moi. Chez nous, si tu veux… » On aurait été dans une série un peu concon, là, normalement, j’aurais dû me précipiter vers lui, l’embrasser dans la fièvre, les larmes, la passion. Le problème, c’est que les presque trois semaines de silence total, absolu, sans aucun signe de lui, ne passaient pas. Star ou pas star. Michael Owen, ou pas.

Moi aussi, j’ai rêvé d’être célèbre. Pas actrice, mais chanteuse. Je me voyais sur scène, enveloppée, portée par l’amour de mes fans. J’aurais eu des maisons dans le monde entier, un avion que j’aurais piloté, un voilier. J’aurais tutoyé des présidents, mais su en même temps rester simple, « proche des gens ». Et toujours belle. Avec le temps, forcément, j’ai un peu rangé les gros fantasmes au placard. L’idée qu’ils pouvaient en partie se réaliser aujourd’hui me perturbait drôlement. S’il y a des fantasmes faits pour rester des fantasmes, il en est d’autres qu’il faut vivre, absolument. Il fallait juste bien mesurer le danger. Les paparazzi, c’était fait. Tomber amoureuse ? Fait, aussi. Alors, quoi ? Je disais au revoir et je rentrais chez moi ? Si j’étais honnête, je devais le reconnaître : Michael avait plus que tenu sa promesse. Non seulement, il était revenu comme il l’avait promis, mais il avait aussi cherché — et trouvé — cette maison qui, je m’en apercevais maintenant, ressemblait au moulin de Sophie. Combien de temps nous y aimerions-nous ? Peu importe : j’étais prête à relever le défi.



Publié le 23 août 2015 sur elle.fr