Femme de people, saison 2, épisode 2 : 

Donna

Résumé : Une semaine après avoir emménagé avec l’acteur Michael Owen, Alice le retrouve en pleine nuit, dans la cuisine, avec une espèce de beauté fatale.



Je fixais Mike et la blonde. Entre eux, c’est sûr, ça datait pas d’hier —  ça respirait même franchement la complicité. Michael souriait, l’autre me regardait de haut en bas, avec un petit rictus, là. Visage ovale, peau diaphane, elle avait ce genre de beauté parfaite, idéale, qui se passe très bien de maquillage et qui irradie du matin jusqu’au soir. A trois heures du matin, elle avait cet air dégagé, souverain qu’ont les femmes quand, après trois heures de préparation spécial « grandes occasions », elles sortent de leur salle de bains. Si on l’avait catapulté en plein désert, par 40°, sans eau et sans nourriture, sûr qu’elle n’aurait pas sué une goutte, gardé la langue rose, l’haleine fraîche, le cheveu lisse et le teint frais. Histoire que le tableau soit complet, elle avait un corps de cigale, un petit cul bien pommé et des seins gros comme ça. Une vraie méchante, quoi. Avec des yeux très grands, très bleus et très froids. Après m’avoir, une fois encore, scannée de haut en bas, elle a glissé un mot à l’oreille de Mike, ramassé son sac à une plaque, et, d’un coup, sans rien dire, est partie en me toisant avec toujours son petit rictus, là. En voyant ma tête, Michael a éclaté de rire : « Viens là, ma beauté, Donna fait toujours cet effet, je vais tout t’expliquer ».

Ancienne actrice, partie de rien, Donna Keller avait monté la plus grosse agence artistique de L.A. A Hollywood, on la cajolait autant qu’on la redoutait. D’un mot, d’un seul regard, elle pouvait faire une carrière, la défaire, et la refaire, si l’envie lui en prenait. Pour être admis chez elle, les acteurs étaient prêts à faire n’importe quoi, à supporter, pour commencer, son caractère de hyène et ses lubies de princesse névrosée. Hantée par la peur de vieillir — personne ne connaissait son âge —, elle avait, pour protéger sa peau du soleil, résolu de ne jamais sortir le jour et de mener ses affaires à la nuit tombée. Son équipe, les stars dont elle s’occupait, les producteurs, les réalisateurs, tout le monde était prié de s’adapter. Quand Donna avait repéré Mike, il jouait encore dans la série « Hospitals ». En cinq ans, elle avait complètement transformé son image : le gentil Dr Jenkins avait fait place à des personnages tragiques comme dans « The Flute » d’Anton Wojziek, des figures sombres, un peu perverses, à l’image du héros de « Nude » de Peter Mac Koy qui avaient valu à Michael ses deux premiers Oscars. « Sans elle, rien de tout ça ne serait arrivé, me dit Mike. J’en serais toujours à tourner dans des séries à la con, jamais, je n’aurais pu réaliser mon film. Donna est OK pour m’aider à faire le suivant, mais elle a mis des conditions. Les photos dans « Wouala » l’ont mise en furie. Pour rattraper le coup, elle a calé une interview avec « Vanity ». On n'a plus droit à l'erreur : va falloir que tu assures, baby ! »